Mexico TI : les routes – 5ième partie

Le quotidien

Encourageant, n’est-ce pas? Au quotidien cependant, ces chiffres nous paraissent extravagants à prime abord.

Allez savoir pourquoi, Carlos a mis des années avant d’accepter que je conduise au Mexique. Il disait tout le temps que c’était dangereux et qu’il fallait avoir l’habitude.

Cette année, pourtant, il a bien fallu qu’il me laisse aller un peu. Après tout, je suis une femme de caractère et je ne saurais être bridée indéfiniment.  Donc, avec les encouragements de sa mère, et sans aucune crainte, je dois bien le préciser, j’ai pris le volant… et je suis encore là pour raconter toutes ces anecdotes donc, j’en conclus que même si l’exercice semble parfois périlleux, il n’en est pas moins possible.

J’ai conduit de jour comme de nuit. Seule, avec les enfants et/ou avec Carlos et/ou sa mère. J’ai rencontré des tonnes de « speed bumps » et toute sorte d’hurluberlus.

J’ai plus ou moins compris les règles particulières aux ronds-points mais quand j’ai un doute, je m’en tiens à ce qui me semble le plus sécuritaire.  Carlos me trouve parfois un peu timorée mais je n’en ai cure. Avec le peu d’expérience que j’ai sur ce terrain, je m’en tiens tout de même à ça.

J’ai stationné dans des endroits qui paraissaient trop petits et ce, sans l’aide de Mme Toyota qui pourrait sans doute le faire du premier coup (notre Toyota Prius possède un système de stationnement automatique “mains-libres”).  J’ai rencontré des autobus gigantesques sur des routes qui ne faisaient qu’un véhicule de large… je les ai laissé passer évidemment.

J’ai vu des personnes de tous âges voyagés dans la boîte d’un pickup.  J’ai aussi vu deux chevaux, avec leur selle sur le dos, debout dans la boîte d’un minuscule pickup.  Sans oublier les chiens qui voyagent aussi bien dans la boîte d’un pickup que sur les genoux du chauffeur.

Mes yeux ont insisté lorsqu’ils ont vu un gamin au volant d’une voiture. Il était à peine assez grand pour voir devant. Il devait pousser les pédales du bout du pied.

J’ai vu des gens dépasser à des vitesses folles comme s’ils étaient sur des autoroutes allemandes.

J’ai vu une dame traverser l’autoroute en trottinant au risque de se faire écraser au passage. Jamais, elle n’a regardé autour avant de se lancer.

J’ai arrêté de respirer en voyant des imbéciles dépasser sur des routes de campagne sinueuses une file de 7 voitures.

J’en verrai d’autres… du moins, je l’espère! J

Mexico TI : les routes – 4ième partie

L’entretien des véhicules

Je crois avoir déjà mentionné que les pneus, ceux-là même qui représentent le seul contact que nous ayons avec la chaussée, ne sont pas ce qui cause le plus de soucis à leur propriétaire. En fait, ici, on répare plus les pneus qu’on les change. Quand vient le temps de changer un pneu, c’est qu’il est vraiment fini, fini, fini, plus que fini.  Entre-temps, on le fait réparer dans un petit commerce qui s’appelle “Vulcanizadora” et ça, il y en a partout.

Outre les pneus, j’ai mentionné les phares. Certains roulent avec deux phares, d’autres avec un seul et parfois même pas du tout. Les semi-remorques doivent être pilotées par des adeptes de l’économie de l’énergie. En dehors des phares et des lumières d’arrêt, on n’a pas toujours droit à la banderole lumineuse qui nous indique la taille du véhicule.  J’ajoute que je n’ai que rarement vu des bandes réfléchissantes.  Un moment donné, sur l’autoroute, nous avons vaguement distingué un véhicule traversant les voies (oui-oui, sur l’autoroute). Il ne faut surtout pas penser qu’il a le temps de libérer la voie avant qu’on y soit car, on découvre parfois que c’est un train routier au dernier moment.

Les motocyclistes ne portent que rarement des casques… quel que soit le nombre de personnes sur la moto.  Comme je le disais dans un article précédent, si on est en moto, on est libéré de toutes règles… officieusement du moins.

Les silencieux sont un luxe.  Si ça brise… tant pis!

Les amortisseurs font valser la voiture dans tous les sens?  Profitons-en pour faire la fête. Dansons avec!

Le véhicule roule sans carrosserie. Excellent pour la ventilation!  J’en ai même vu un “tout nu” avec un châssis en bois. Sur l’autoroute évidemment!

Les freins ne répondent plus?  On va faire une pause… c’est juste parce qu’ils ont chauds.

La boucane du tuyau d’échappement embrume tout le quartier?  Bof!  À Mexico non plus on n’y voit rien et personne ne se plaint!

La voiture est en panne?  Attendons les “Angeles Verdes” (anges verts — véhicules officiels qui viennent en aide à tous les propriétaires de véhicule en panne).

Article suivante : Au quotidien…

Mexico TI : les routes – 3ième partie

La signalisation

Le Mexique est un vrai paradoxe à ce chapitre. Pour tout ce qui a trait à aider les conducteurs à se diriger (prendre la bonne sortie, indiquer les sens uniques, etc.), c’est l’enfer. Mieux vaut avoir un GPS car, en plus, si on manque notre sortie, c’est très difficile de retrouver son chemin dans un dédale de rues qui portent toutes les mêmes noms d’une ville à l’autre.

Par contre, et le paradoxe est là, le gouvernement mexicain a à cœur d’encourager ses citoyens à prendre de bonnes habitudes. Ainsi, on voit quantité de panneaux sur les autoroutes ou routes secondaires qui proclament des règles de conduite (au sens de “conduire une voiture” mais aussi au sens de “civisme”).  Tout ça me paraît un peu paternaliste mais je trouve la pratique très distrayante.  Voici quelques exemples de panneaux que j’ai pris en note.

- No tire basura. (Ne lancez pas des déchets) — Excellente idée!  Pensons environnement!

- Se consignara a las autoridades a quienes se sorprenda arrojando piedras a los vehiculos. (Auront affaire aux autorités ceux qui seront surpris en train de lancer des pierres sur les véhicules) — C’est vrai que ça n’est pas gentil lancer des roches à tout venant!

- Disminuya su velocidad. (Diminuez votre vitesse) — Celle-là revient souvent dans des contextes très évidents comme des courbes dangereuse ou à l’approche de “speed bump”.

- Conductor, cuidado con los peregrinos. (Chauffeur, attention aux pèlerins) — Sur l’autoroute svp.

- Peregrinos, cuidado con los vehiculos. (Pèlerins, attention aux véhicules) — Très sage en effet… mais que font-ils sur l’autoroute ces gens-là?

- Revise sus frenos. (Révisez vos freins) — Hummmm!  Pas bête du tout!

- Maneja con precaución, tu familia te espera. (Conduit prudemment, ta famille t’attend) — Sortez les mouchoirs!

- No maneje cansado. (Ne conduit pas fatigué) — Sinon… quoi?!!!

- Guarde su distancia. (Garder vos distances) — Arrête de coller le gars en face de toi… après tout, il est peut-être fatigué!

- Evite accidentes. (Évite les accidents) — Sans blague!

- Carril izquierdo solo para rebasar. (Voie de gauche seulement pour dépasser) — Oui, oui, oui, j’ai déjà lu ça quelque part!

- Elija su carril oportunamente. (Choisis ta voie correctement) — Donc, si je veux prendre la prochaine sortie, mieux vaut me tenir à droite plutôt que de couper plusieurs véhicules dans des conditions extrêmement périlleuses.  Bof! Même à Montréal on ne fait pas ça!

- Conceda cambio de luces. (Baisse tes phares si tu rencontres un véhicule) — Ne s’adresse qu’aux véhicules ayant des phares en état de marche évidemment.

- No se estatione en curva. (Ne vous stationnez pas dans une courbe) — Ouiiiiii!  J’adopte!

- Transito lento, carril derecho. (Trafic lent, voie de droite) — Faut dire qu’ici, on n’a pas trop le choix. Ou bien, on a affaire à des bombes qui roulent à tombeau ouvert ou bien c’est papy qui traine sa vieille camionnette.

- Con niebla y lluvia, disminuya velocidad. (Lorsqu’il y a des nuages ou de la pluie, diminuez votre vitesse) — Comme ça, si on ne voit pas devant ou c’est glissant, vaut mieux ralentir?  Ouin, j’vais y penser.

- No hay que llegar primero, hay que llegar a salvo. (Il ne s’agit pas d’arriver le premier mais d’arriver en bonne santé) — Si ça ce n’est pas paternaliste…

- Respete el alto del semaforo. (Respecte l’arrêt au feu de circulation) — Vaudrait peut-être mieux mettre un rond-point finalement…

- No rebase con raya continua. (Ne dépassez pas avec des lignes continues) — Comment ça? Si je roule super vite, la ligne est toujours continue… ce n’est pas juste!

- No prenda fuego sobre el pavimiento. (Ne mettez pas de feu sur le pavé) — Mettre le feu sur le pavé?!!!  J’ai mon voyage!

Prochain article : l’entretien des véhicules…

Mexico TI : les routes – 2ième partie

Le permis de conduire

Cette formalité administrative existe ici aussi. D’ailleurs, il y a quelques années, Carlos est allé passer son permis de conduire mexicain pour des raisons administratives liées à sa nationalité. En gros, ça se passe comme au Canada. Il y a un examen théorique et un examen pratique.

Dans le premier, inutile d’étudier car, la plupart des questions sont très faciles comme par exemple celle-ci dont Carlos s’est souvenu : Combien de personnes maximum peuvent circuler sur une moto au même moment.

A) 1 personne

B) 2 personnes

C) 4 personnes

D) Aucune de ces réponses.

Vous et moi répondrions probablement “B” car, avec “A”, c’est le choix le plus probable. Il s’en trouve pourtant qui doivent répondre “C” car, nous en voyons de temps à autre qui réussissent à entasser une famille entière sur un seul de ces véhicules à deux roues. J’ai vu un type se promener en ville avec sa femme assise derrière lui, un bébé dans les bras (donc, elle ne pouvait s’accrocher nulle part) et un autre enfant d’environ 6 ans assis plus ou moins sur l’espace restant à l’arrière.

L’examen pratique est également assez facile quoique les règles de la route soient parfois différentes du Canada surtout en ce qui a trait aux ronds-points (glorieta). Officiellement, ceux qui sont déjà engagés ont la préférence. Officieusement, il existe des règles obscures qui disent que si tu contournes le rond-point pour continuer tout doit, tu n’as pas d’arrêt à faire (l’autre type, là, est-ce qu’il le sait?). Ou encore, si tu es engagé mais qu’un véhicule plus gros que le tiens s’en vient, c’est mieux de le laisser passer.  Sans oublier les motos qui, elles, ne semblent être régies par aucune règle en particulier.

Est-ce que Carlos a réussi son examen théorique? Bien entendu et du premier coup avec ça!

Est-ce que Carlos a réussi son examen pratique? Pas du tout, bien entendu, mais pas parce qu’il ne connaissait pas les règles et subtilités, plutôt parce qu’il devait débourser un petit extra pour l’obtenir. Il a fallu marchander ferme et, au début, Carlos a refusé d’entrer dans l’engrenage mais lorsque le type lui a fait comprendre qu’il n’aurait pas son papier et qu’il devrait revenir (inlassablement jusqu’à ce qu’il desserre les cordons de la bourse), il a finalement payé comme tout le monde.

D’ailleurs, le problème de la corruption est tellement fréquent que plusieurs états mexicains auraient abolis les examens pour éviter que les usagers aient à débourser pour ces “extras”.  Pour avoir un permis, il suffit de payer quelques dizaines de dollars. Les seules limites sont celles de l’âge (ce qui n’empêche pas des jouvenceaux d’une dizaine d’années de conduire assis sur un bottin téléphonique pour voir par-dessus le tableau de bord de la voiture) et de la santé (aveugles s’abstenir – tout de même!).

Prochain article : la signalisation…

Mexico TI : les routes – 1ière partie

Ça fait un moment que je veux écrire sur les routes mexicaines. Je vais prendre le prétexte de notre passage dans le Michoacán pour vous expliquer comment ça marche ici avec mes yeux de conductrice nord-américaine.

Les statistiques

Les accidents de la route au Mexique entrainent la perte d’environ 17 000 vies chaque année. Le taux de mortalité est de 20 décès pour 100 000 habitants. La majorité (68%) des personnes tuées sont des passagers de véhicules à quatre roues même si les piétons constituent également une proportion importante (21%) de ces décès.

Selon la récente publication du rapport mondial de l’OMS sur la sécurité routière, même s’il y a des lois régulant la vitesse sur les routes, le taux d’alcoolémie au volant, le port de la ceinture ou du casque, elles demeurent rarement appliquées.

Un article publié dans The Economist en octobre 2011 en rajoute :

Dans le monde entier, 6 décès de la route sur 10 se produiront dans 12 pays seulement, dont l’un est le Mexique. (…) Chaque année, environ 24 000 personnes perdent la vie sur les routes défoncées du Mexique, soit près du double du nombre qui meurent aux mains de ses cartels de la drogue. Notons également qu’un autre 600 000 est blessé toujours dans les mêmes circonstances.

L’Organisation mondiale de la Santé estime qu’avec un Pérou montagneux et un Venezuela mal gouverné, le Mexique a les routes les plus dangereuses d’Amérique latine.

Prochain article : le permis de conduire…

Mexico TI : le froid

J’ai commencé à écrire un article sur un sujet qui me tient à cœur mais… ça me semble être un travail de plus longue haleine que prévu. :-)  Aussi, je vais vous parler bêtement de… la température!

La plupart d’entre vous avez tous réagit de la même façon lorsque nous avons annoncé notre intention de venir au Mexique pendant un an : Woooooow!  Chanceux!  Du soleil toute l’année!  La chaleur. Les plages, etc.

Eh bien, je vais remettre les pendules à l’heure même si depuis, j’ai tempéré à plusieurs reprises les débordements de salive et d’envie.

Aujourd’hui sur Weather.com, il paraît que le minimum est de 9 degrés et le maximum de 20.  Dans la réalité et parce que nous sommes plus haut dans la montagne, il doit faire 3 ou 4 la nuit et entre 15 et 17 le jour.  Vous bavez encore???

Au Québec, à l’arrivée de l’automne, nous avons cette chose merveilleuse qu’on appelle le chauffage.  Ici, ça n’est pas le cas.

Au Québec, nous accueillons l’hiver en frottant nos mains de plaisir à l’idée de se faire un bon feu dans notre poêle à bois. Ici, n’y a pas de poêle à bois.  Le bois pour faire un simple feu est, quant à lui, généralement rare. On achète même des fausses buches (produit de l’Ontario d’ailleurs) qui brûlent proprement mais sans diffuser beaucoup de chaleur malheureusement.

Au Québec, on a des Kanuk ou des manteaux de fourrure.  Ici, on a des ponchos.

Au Québec, les maisons sont isolées. Ici, l’isolation : connait pas.

Au Québec, on a des pneus d’hiver  lorsque la route est glacée. Ici, même dans les territoires montagneux où il y a de la neige et de la glace, on roule sur les pneus quatre saisons à l’année… parfois même sur la fesse… parfois même de tailles différentes sur un même véhicule… parfois même simplement à cheval! :-)

Au Québec, le siège des toilettes n’est pas froid.  Ici, oui.

Au Québec, prendre une douche est un plaisir. Ici, seulement quand l’eau chaude finit par arriver. Attendre tout nu que le chauffe-eau veuille bien nous envoyer un peu de bonheur liquide, c’est long quand il fait 15 degrés dans la salle de bain.

Au Québec, on peut se promener en T-Shirt dans la maison en tout temps.  Ici,… oubliez ça! On couche même parfois tout habillé.

Au Québec, en revenant à la maison à la fin de la journée, on est content à l’idée de rentrer chez soi, au chaud, pour regarder la télé.  Ici, il fait presque aussi froid dehors que dedans.  Si c’est humide dehors (et ça l’est depuis plus d’une semaine), c’est frette longtemps. Ça ne nous dérange même pas de ne pas avoir la télé. :-)

Au Québec, les itinérants ont parfois la chance de trouver un refuge lorsqu’il fait très froid.  Ici, hommes, femmes ET enfants couchent quand même dehors.

Au Québec, les classes à l’école sont chauffées et sentent un peu les mitaines mouillées qui dégouttent de neige fondante dans le couloir ou sur les calorifères. Ici, les enfants gardent leur manteau en classe et ont du mal à tenir leur crayon tellement leurs doigts sont gelés.

Au Québec, on a le bout du nez froid seulement quand on sort. Ici, c’est toute la journée.  L’air qui en sort nous paraît tellement froide que ça irrite les narines.

Au Québec, quand on souffle et que ça fait de la “fumée”, on trouve ça drôle. Pas ici… on sait que ça va être pire durant la nuit.

Au Québec, quand vient le moment de se lever le matin, ce n’est pas facile lorsqu’il est tôt.  Ici, c’est tout simplement l’enfer. Quitter le “terrier” chaud qu’on a entretenu toute la nuit de peine et de misère pour mettre le pied sur un plancher en tuile froide, c’est pas facile. Mais quand vient le temps de quitter aussi notre pyjama chaud pour des vêtements aussi froids que s’ils avaient étés dehors toute la nuit, c’est pratiquement de la torture.

Au Québec, si le beurre reste sur la table toute la nuit, vous pouvez tartiner vos toasts le matin. Ici, il est dur comme de la roche.

Au Québec, on boit des chocolats chauds, des tisanes, etc. pour le plaisir. Ici, par nécessité.

Pourtant, nos confrères mexicains ne semblent pas souffrir tant que ça de la situation sinon, je suppose que le marché des chaufferettes serait plus actif.  On les voit même en T-Shirt alors que nous portons nos manteaux les plus chauds. Le plus drôle c’est que lorsqu’ils nous demandent d’où on vient et qu’on répond, du Canada, ils sourient et nous nous plaigne de vivre dans un climat « polaire » (c’est même dans les livres scolaires).

C’est vrai que ça ne dure pas toute l’année et que dans le fond, on a bien peu à se plaindre mais je voulais que ça soit clair : même le paradis a ses défauts.

Mexico TI : l’espagnol

Oui, je sais, ça fait longtemps. Il se trouve que pour une fois, j’ai une très bonne excuse : j’ai eu le privilège de commencer mes cours d’espagnol!  La semaine dernière, pendant cinq jours à raison de 1h30 par cours, Eva (la maestra) a eu la patience de semer les graines de cette nouvelle langue dans mon cerveau récalcitrant.

Clarifions tout de suite le fait que mon niveau d’espagnol n’était pas exécrable ou médiocre. Je peux comprendre 70% à 80% d’une conversation lorsque les gens ne parlent pas trop vite ou avec un accent trop prononcé.

Je peux également le parler mais là, je le qualifierais à environ 15% seulement. Je me débrouille mais c’est tout. L’avantage c’est que je le parle tellement mal que les gens autour de moi s’imaginent que je ne comprends rien du tout. Du coup, j’entends parfois des perles mais heureusement, c’est plutôt rare. :-)

Mes premiers cours d’espagnol remontent à plus d’une vingtaine d’année alors que je m’étais inscrite à des cours du soir de niveau ultra-débutant. On s’était beaucoup amusé en classe mais mes collègues ne voulaient rien de plus que de pouvoir se commander une bière pendant leurs vacances (“Una cervesa por favor!”).  Je suis sortie de là plutôt frustrée mais je croyais alors que je n’apprendrais rien de plus tant que je serais au Québec.

Ma deuxième chance est apparue alors que le Club Med a accepté d’embaucher la menteuse que j’étais (à l’entrevue, j’avais prétendu parler parfaitement anglais — c’était faux évidemment — et que j’avais enseigné la voile — archi-faux encore une fois).

On envoya donc la petite effrontée à Cancun au Mexique. Je n’ai pas jubilé longtemps car, j’ai rapidement appris qu’il était très mal vu de parler avec le personnel mexicain (principalement destiné à des tâches ingrates) voire même de parler espagnol tout court.  Le chef du village, un monsieur très prétentieux et hautain, ne souhaitait pas que nous fassions copain-copain avec les “gens de la place” ou les “indigènes” comme il les appelait parfois.

Finalement, les années ont passé et j’ai mis au monde ma choupette. Quelques mois à peine après sa naissance, nous partions pour le Mexique où nous allions rester plus de deux mois. J’allaitais alors cette petite goinfre un nombre incalculable de fois par jours (sans oublier la nuit). Elle était tellement ronde que lorsqu’on la déposait quelque part, elle roulait systématiquement sur le côté… ce qu’elle trouvait très drôle d’ailleurs.

C’est pendant cette période agitée par les hormones et la nouveauté d’être mère pour la première fois que j’ai pris mes premiers vrais cours d’espagnol.

Au début, je trouvais ça facile. Ha! Ha!  Je ne me suis pas pétée les bretelles longtemps.  J’étais si fatiguée qu’après deux semaines, je n’arrivais plus à me concentrer. Après un mois, j’ai dû prendre un break…. jusqu’à la semaine dernière.

Lundi dernier, j’étais très excitée d’aller en classe. Seule avec le professeur. Personne pour me ralentir dans mon apprentissage (j’ai toujours été une petite vite pas très patiente avec les lambins). Pas de scrupule pour poser des questions à l’infini. Et surtout, pas de témoin pour mes premiers vrais balbutiements! :-)

Vous allez me dire : mais pourquoi ne pratiquais-tu pas avec Carlos?  Eh bien, ce dernier n’était pas à l’aise dans ce rôle et n’avait pas envie de devoir rabrouer continuellement l’élève difficile que j’aurais sans doute été.

Mais encore, maintenant que je suis au Mexique depuis plus de six mois, qu’est-ce que j’attendais pour m’y mettre?

Ah! Mes amis! Ai-je procrastiné?  Sans doute! Étais-je trop occupée? Encore plus certainement. Étais-je seule même entourée?… oui car, en dehors des visites à l’épicerie ou des excursions que nous faisons parfois les fins de semaine, je ne sors pas vraiment.  À qui aurais-je pu parler dans la langue de Cervantes?  Timidement, j’ai bien tenté de parler devant Carlos et Mme Tremblay mais une réserve m’habite toujours en leur présence.  Je suis plus à l’aise et plus naturelle lorsque je m’adresse à de purs inconnus.

Bref, ces quelques heures m’ont enchantée et aussi un peu dépitée. Je réalisais en écoutant la maestra l’ampleur de la tâche. Sans compter que l’apprentissage d’une nouvelle langue exige une part de mémoire non négligeable… alors que j’ai toujours été “pourrie” pour le “par-cœur”.  Le Bescherelle (livre pour l’apprentissage des verbes) est devenu mon bourreau au lieu d’être un allié.

Mais, au-delà de ces difficultés, il y avait cette satisfaction de pénétrer enfin le secret de certaines expressions que j’entendais depuis longtemps sans toujours en savoir la signification ou oser les utiliser moi-même.

Il y avait aussi Eva, une jeune femme qui enseigne avec patience et acuité. Il semble impossible de lui poser une colle. Elle a réponse à tout. Chaque exception trouve son chemin vers la compréhension. Chaque écart de ma part est corrigé et agrémenté d’une explication claire et d’un exemple. On ne sent pas le jugement, on voit seulement le plaisir qu’elle a à transmettre quelque chose qui doit lui être cher.

Je remercie Eva pour ces quelques cours. Je remercie Mme Tremblay qui a rendu la chose possible. Et j’espère avoir la chance de continuer lorsqu’Eva aura à nouveau un peu de temps à me consacrer.