Mexico TI : la stérilisation

Ça fait un peu plus d’une semaine que j’ai les reins sur le long comme on dit. L’autre semaine, je faisais du ménage et lorsque j’ai eu terminé, je sentais que la douleur s’en venait.  Après le repas, j’étais “out” et j’ai dû aller me coucher un peu avec des Advil pour pouvoir me déplacer sans trop de problème. Il faut dire que tant qu’on bouge, ça va, car on est “réchauffé” mais dès que je m’assoie, c’est l’enfer dès que je me lève de ma chaise.

Après quelques jours à prendre des Advil, ça s’est arrangé bien que je sentais encore tout cela bien fragile. Disons que je fais plus attention à ce que je fais dans ces cas-là. Et, pour quelqu’un d’actif comme moi, ça n’est pas peu dire.  Mon père doit certainement se reconnaître là-dedans. Finalement, en faisant encore du ménage aujourd’hui, ça a recommencé de plus belle. &*%$/” (traduction : maudite marde!)

Bon, en fait, curieusement, ça tombait assez bien, car mercredi, alors que les enfants étaient en route pour le campamento (vacance pendant deux jours et demi dans la sierra Alvarez loin des parents), nous avons amené les chiens pour se faire stériliser. Nos deux petites demoiselles se sont donc retrouvées chez le vétérinaire à 10h30 le matin où, tristement, je les ai laissées entre les mains du “boucher”.

Ne me chicanez pas en disant qu’elles étaient trop jeunes et tous les autres “pourquoi” scandalisés. J’ai fait des tonnes de recherche sur internet avant de passer à l’acte. Il se trouve que plus les demoiselles sont jeunes, plus facile elles se remettent de l’opération. De plus, les petites races arrivent à la puberté plus rapidement que les grandes. Ainsi, comme elles sont un peu fo-folles et qu’on ne voulait pas se ramasser avec d’autres petites bêtes remuantes éventuellement, l’heure était venue.

L’opération consiste à retirer les ovaires, les trompes et une petite partie de l’utérus.  On parle d’une incision de quelques centimètres fait sous anesthésie générale bien entendu.  Au réveil, les demoiselles demeurent plusieurs heures sous observations et on passe les chercher en soirée le jour même.

D’ailleurs, lorsque nous les avons récupérées, elles étaient encore un peu groggy. Elles avaient les oreilles basses, les yeux tristes. J’étais contente de les ramener à la maison. Inutile de dire qu’elles ont été bien sages ce soir-là.

Comme elles ne devaient pas jouer avec leurs points de suture, je les ai fais dormir à côté de ma place (par terre) dans ma chambre. Mais dormir était un bien grand mot, car toute la soirée, elles gémissaient pitoyablement et comme elles avaient sans doute beaucoup dormi durant la journée, elles ne s’endormaient plus du tout.

J’ai donc passé la nuit à me lever et à les surveiller pour m’assurer que tout était OK. Le lendemain matin, les yeux pochés, je leurs ai données leur antibiotique pour éviter les infections et je suis partie l’esprit brumeux à mon cours d’espagnol.

À mon retour, ce sont deux petites demoiselles pleines d’entrain que j’ai retrouvées. En fait, s’il n’y avait pas eu ces deux cicatrices sur leur bedon, jamais on aurait cru qu’elles avaient été opérées la veille.  Les courraient dans tous les sens, se chicanaient comme d’habitude, mangeaient avec voracité et toutes les deux continuer à sauter sans cesse sur le divan (malgré l’interdit qui pèse pour ce genre de chose). Bref, je suis contente que ça soit fait et que ça se passe aussi bien. Ouf!

Évidemment, (voici le lien avec mon mal de dos), je ne fais pas exprès pour partir en ballade avec elles pendant des heures.  Je me limite à marcher aux alentours mais je dois dire que c’est plus pour moi que pour elles.

Mexico TI : en vrac

J’espère que vous ne m’en voulez pas trop pour mon silence. Il se trouve que je suis en panne d’inspiration!!!  Il faut dire que ce blogue n’a jamais été destiné à écrire la platitude de notre vie quotidienne dans le genre :

“Nous nous sommes levés à 7h00 ce matin, j’ai mangé deux toasts, préparé les boîtes à lunch des enfants…”

L’intérêt de l’expérience que représentait le blogue était de vous informer d’une seule voix sur des anecdotes, des aventures ou autres nouvelles dignes d’intérêt. En plus, c’était un prétexte pour vous parler de ce beau pays et de ce qu’il a à offrir.

Ainsi donc, vous pensez sans doute que ces derniers temps furent plutôt ennuyeux. Heureusement, il n’en est rien, car ma panne d’inspiration était davantage due à une indolence tenace plutôt qu’au manque de matière première.  Voici donc en vrac les derniers évènements dignes d’intérêt maintenant que j’ai retrouvé un peu ma verve.

Le retour de Carlos

On se serait cru à Noël. Carlos ramenait dans ses valises livres, revues, sacs de couchage (pour le camp de vacances de cette semaine des enfants), etc.  Il est parti avec une petite valise et est revenu avec une grande. J’ai évidemment commencé à me questionner sur comment diable va-t-on faire pour ramener tout ça cet été. Il est à peu près certain que nous allons sacrifier une partie de tout ça avant notre départ.

La maladie de Luna

Durant l’absence de Carlos, Luna a commencé à marcher la queue basse. Comme elle demeurait très active, enjouée (voire insupportable par moment) et qu’elle mangeait bien, nous avons mis ça sur le compte de la maturité, car il est certes plus digne de se promener la queue basse que de découvrir son postérieur de façon insolente.

Cependant, après plusieurs jours, nous avons eu des doutes et comme un chien ne se plaint jamais, ça n’est qu’une fois chez le vétérinaire que nous avons appris qu’elle faisait beaucoup de température.  Essayez d’imaginer combien je pouvais me sentir ridicule au départ d’amener un chien chez le “vet” parce qu’elle se promène la queue en bas!!!

Bref, après quelques antibiotiques, elle s’est très bien remise quoi que nous n’ayons jamais réellement su ce que c’était. On la voyait guérir graduellement en évaluant la hauteur de sa queue qu’elle porte à nouveau bien haut… et bien indécemment.

La fête des mères

Le spectacle de la fête des mères

Le spectacle de la fête des mères

Au Mexique, la fête des mères n’est pas le xième dimanche de mai mais bien un jour fixe : le 10 mai.  L’école avait organisé pour l’occasion un spectacle présenté dans le Teatro de Minas où les enfants allaient nous dévoiler leur talent de danseurs selon des thèmes variés.  Évidemment, qui dit spectacle, dit costume et les costumes en question, c’était notre problème.

Isabelle devait porter une jupe mexicaine traditionnelle de couleur blanche, des sandales traditionnelles, une chemise traditionnelle et brodée, un foulard dans les cheveux et des tresses.

Philippe devait porter un short beige, une camisole blanche en coton, une tuque péruvienne en lainage et une ceinture tissée traditionnelle. Les deux derniers items devaient être dans les teintes de rouge.

Comme il fait plus de 30 degrés à l’ombre depuis le début du mois de mai, je me demandais bien comment j’allais trouver une tuque en laine à Philou. Finalement, j’ai réussi… et avec du rouge en plus.  Idem pour la ceinture et la camisole.

Pour Isabelle, la grande difficulté se trouvait au niveau des sandales. Mademoiselle n’aimait pas celles que nous trouvions à sa grandeur mais encore là, nous avons finalement déniché ce qu’il fallait. Pour la jupe, jamais nous n’avons pu mettre la main sur une jupe selon les critères demandés à sa taille. Elle a fini par emprunter une jupe à sa grand-mère.

Évidemment, toutes ces recherches se sont faites la broue dans le toupet durant l’absence de Carlos et surtout avec la crainte de se présenter le jour “J” avec des atours entièrement différents des autres enfants.

Finalement, le spectacle a eu lieu sans encombre.

Le système planétaire d’Isabelle

Un beau mardi après-midi, au retour de l’école, Isabelle était très maussade. Une fois le repas terminé, elle s’est enfermée dans sa chambre sans dire un mot. J’ai donc commencé les devoirs avec Philippe. Soudain, au cours de l’après-midi, elle glisse un papier sous sa porte de chambre pour nous informer de la situation : le prof avait demandé de construire un système solaire 3D pour le lendemain!!!

J’ai failli me fâcher… non, je me suis fâchée. Quel idiot de prof pourrait bien demander une telle chose à quelques heures d’avis. Isabelle ajouta qu’on pouvait remettre le tout pour la fin de la semaine mais alors, il n’y aurait pas de point pour le travail.

En désespoir de cause, je confie Philippe à sa grand-mère en fin d’après-midi et je pars avec Isabelle en ville pour trouver des sphères en styrofoam pour représenter les planètes et tout le tralala qui va avec pour tenter de produire une maquette pas trop décevante.

Après plus d’une heure à chercher tout ça, nous revenons à la maison pour nous lancer dans l’aventure.  Entre-temps, Carlos revient de son voyage au Canada donc, la production ralentit l’espace de quelques heures d’excitation intense à la découverte des nombreux cadeaux.  Toujours est-il qu’elle ira à l’école le lendemain avec sa création.

La fleur

La veille du spectacle pour la fête des mères, Isabelle reçoit à nouveau une commande inusitée de la part de son prof. Elle doit ramener à l’école pour le lendemain un ruban de 4 cm de large et d’une longueur d’un mètre de la couleur de son choix et un gougeon en bois.  Encore une histoire de dernière minute. Je commence à avoir son prof dans le collimateur!

C’est ainsi que nous filons en ville dès les devoirs terminés. Pour le ruban, ça se passe assez bien et nous le trouvons facilement.

Pour le morceau de bois, c’est une autre histoire. La dame de la mercerie nous indique un magasin (La Costeña) quelque part à droite au fond de la rue en face de Coppel.

Comme nous ne trouvons pas, nous demandons à un jeune homme qui travaille dans une quincaillerie qui lui, nous indique le même magasin mais à gauche sur une autre rue. C’est en suivant ces indications moins évasives que les premières que nous aboutissons devant un magasin Coppel mais aucune boutique Costeña en vue.

Nous demandons de nouvelles indications et on apprend que Coppel existe également sur une autre rue. Nous repartons donc en sens inverse.

Après avoir cherché pendant encore un bon moment, nous redemandons à une petite vendeuse désabusée d’une boutique de vêtement. Elle nous dit d’aller au bout de la rue et de regarder à gauche en face de Coppel.

Nous verrons finalement le fameux Coppel mais l’orientation de la bâtisse fait qu’il est impossible d’avoir un magasin en face. Nous regardons donc à gauche et à droite pour découvrir une enseigne très discrète annonçant La Costeña. Mais, le magasin est fermé.  Finalement, Isabelle devra emprunter un bout de bois à un collègue de classe qui aura eu plus de chance que nous.  De tout ça, sortira une fleur joliment torsadée.

La bouteille d’eau

Garrafon 20L de Bonafont

Garrafon 20L de Bonafont

Ici, l’eau potable i.e. propre à la consommation, doit être achetée. Il y a de nombreux formats mais pour la maison, le plus économique, c’est le “garrafon” de 20 litres.  Avant de partir au Canada, Carlos en avait acheté deux pour que nous ne soyons pas pris au dépourvu mais avant son retour, il a tout de même fallu refaire nos réserves. Habituellement, des vendeurs passent en criant “Bonafonnnnnnnt” (pour la marque d’eau Bonafont) mais depuis notre déménagement, on ne les entend plus. Je dois donc me résigner à aller acheter un “garrafon” en ville.

Je finis par aller dans un dépanneur (abarrotes) où il reste une seule bouteille de la marque Bonafont. Comme les bouteilles sont consignées, la marque est importante. J’échange donc mon vieux contenant contre une bouteille neuve et débourse la différence.

Au moment de prendre possession de mon bien, je réalise que la bouteille est placée assez haut dans un rack… et que le jeune homme à la caisse ne semble pas disposé à m’aider. Je saisis donc la bouteille de 20 litres avec toute la dignité et l’orgueil dont je dispose et je l’extrais péniblement du rack. Je la dépose un instant pour reprendre mon souffle avant de la mettre sous les yeux amusés du jeune paresseux dans ma voiture. C’est avec un petit regard de défi et de fierté que je ferme la valise et monte dans la voiture.

Seulement… mes efforts n’étaient pas terminés car, c’est chargée de la bouteille que j’ai dû monter les 30 et quelques marches qui menaient à mon logement. Quelle histoire!

Mexico TI : la salle de bain

Nous habitons “Los Sombreros”, “Les chapeaux” si vous préférez. C’est l’un des premiers appartements construit dans le but d’être loué. Il a vu passer nombre d’étrangers mais également des membres de la famille Tremblay. Diego, le frère de Carlos, y a habité avec Véronique pendant plusieurs années et Ingrid y a passé les premières années de sa vie. Au départ, l’appartement n’avait qu’une seule chambre mais avec le temps, il a été agrandit afin d’être plus polyvalent.

C’est en habitant un endroit qu’on découvre les petites choses plus ou moins fonctionnelles ou déplaisantes qui n’apparaissaient pas aussi importantes pour des locataires mais qui sont plus ennuyeuses pour nous. Ici, c’est la salle de bain qui m’a frappée. C’est une sorte de couloir bordée d’un côté par un meuble / lavabo, la toilette et, tout au fond, la douche. Le tout est entièrement couvert de carrelage vers avocat.

Il semble qu’ici, il soit fréquent lorsqu’on pose de la céramique de ne pas laisser d’espace pour les joints entre les tuiles et toute la céramique de la pièce a été posée de cette façon. Le problème, c’est que le peu de ciment en place finit par s’égrener et disparaître laissant un mince trou entre les tuiles.

De plus, le meuble / lavabo, en bois avec un comptoir en céramique (ivoire cette fois) avait connu de meilleurs jours. Les joints entre les tuiles étaient plus larges mais la plupart était fendillés voire même absents. Autour du robinet, un cerne noir indiquait clairement la présence de moisissure. Finalement, le meuble ne touchait pas au mur du fond et à celui de droite laissant du coup une ouverture où passait l’eau dès qu’il y avait un peu d’accumulation sur le comptoir.

En faisant le ménage, de petits fragments de ciment restaient dans mon linge et j’en vint à parler à Mme Tremblay qui m’avait déjà dit que poser de la céramique était très simple. Je lui suggérais de poser une moulure pour “fermer” l’espace entre le meuble et le mur et de reprendre les joints de céramique. Je dois dire qu’elle ne semblait pas emballée au départ aussi je me suis empressée d’ajouter que j’allais me charger personnellement des travaux. Je crois qu’elle était un peu septique à ce sujet. :-)

Disons-le tout de suite, j’ai expliqué à bien des gens comment poser de la céramique du temps où je travaillais au magasin de mon père mais jamais je n’avais posé une seule tuile moi-même.  Ici, le défi était moindre, car j’allais réutiliser la tuile existante (donc pas de coupe) et il s’agissait d’une petite surface facile d’accès.

Lorsque les enfants sont tombés en congé, j’ai décidé que c’était le moment où jamais. J’ai commencé en me disant que j’avais peut-être juste à enlever le ciment qui ne tenait plus bien et boucher tout ça. Finalement, la quasi totalité des tuiles ne tenaient plus au meuble et l’ensemble des joints cédaient à la moindre pression. Je me suis donc retrouvée avec un bon tas de tuiles bordées de vieux ciment… et un robinet à enlever pour pouvoir faire la partie moisie.

Un voyage chez Home Depot plus tard, je m’attaquais à retirer le plus de ciment possible encore collé aux tuiles. Un travail de moine. Fatiguant et stressant, car il ne faut rien casser. Il n’y a pas de tuile de rechange.

Après avoir nettoyé la surface marbrée de vieille colle, je repose les tuiles avec du silicone et Isabelle mets en place les petits croisillons pour tenter d’espacer chrétiennement les tuiles entre-elles.

Le lendemain, je passe au ciment. Comme je n’ai jamais touché à ça de ma vie, je consulte le grand Google pour voir quelle est la proportion d’eau par rapport à la fine poudre blanche que Mme Tremblay a acheté au kilo dans un vague entrepôt non identifié. Comme le tout est arrivé dans un simple sac noir, il n’y a pas d’instruction. Je sais seulement qu’il faut que le mélange soit assez liquide pour bien se glisser entre les tuiles.  Je prend donc un peu de poudre et un peu d’eau. Je mélange le tout, ajuste la quantité d’eau et utilise l’espèce de lissoire acheté pour l’occasion.

Rapidement, je me rends compte que l’outil en question et moi ne sommes pas fait pour nous entendre. Je l’abandonne donc et plonge mes mains directement dans la pâte pour étendre minutieusement le tout. Je nettoie superficiellement avec une éponge au fur et à mesure jusqu’à ce que finalement, le résultat me paraisse satisfaisant.  Puis, je laisse le tout sécher jusqu’au lendemain.

Le troisième jour, Mme Tremblay se trouve à passer par là. Fière de mon oeuvre, je l’invite dans la salle de bain pour contempler le tout. Le changement est tellement radicale que je m’attend à des félicitations d’autant plus que je n’ai jamais fait ça de ma vie et que le résultat est très correct.  Mais, celle-ci se contente de dire : “Oui, c’est bien à ça que ça ressemble”. Et elle part me laissant un peu ahurie.

Une fois ma petite déception passée, je me relance dans mes travaux et corrige les dernières imperfections pour ensuite m’attaquer aux moulures. Il s’agit d’un quart de rond en plastique blanc comme au Canada. Je le taille laborieusement avec un exacto, car je suis pauvre en outil et je colle les morceaux avec du silicone. J’ai un mal de chien à faire tenir ça en place le temps que le silicone fige.  Puis, je me lance dans la grande finition : silicone autour de l’évier, autour du dernier joint à la bordure du meuble qui a tendance à craquer, au-dessus et en-dessous de la moulure. Ensuite, je passe au reste de la salle de bain et je bouche discrètement tous les trous entre les minces joints de céramique. Comme il me reste un peu du précieux produit, je fais même le tour de la fenêtre d’aération dont le pourtour est peu ragoutant.

Encore là, je dois laisser sécher le tout. J’en profite donc pour reposer le robinet, nettoyer l’aérateur qui est partiellement bouché, frotter le tout pour faire briller et sacrer copieusement sur le manque d’outil adéquat pour l’ensemble de ses travaux.

Comme la poussière de ciment s’est déposée partout, je passe le meuble au peigne fin… et découvre que le fait de nettoyer ledit meuble, fait également disparaître son fini!!!  Qu’à cela ne tienne, j’avais acheté un petit quart-de-litre de verni pour la porte exterieure.  Je m’en sers donc pour vernir le meuble au grand complet, tiroir inclut.  Lorsque je lève les yeux vers le meuble, je suis impressionnée et franchement fière du résultat. Je sais que je me vante mais, diable, c’est tellement mieux qu’avant qu’on voit à peine les petites bavures à gauche et à droite.

Reste le pommeau de douche qui doit dater des années quarante. Et hop! Avec l’aide de Jorge, l’ouvrier de Mme Tremblay, il est remplacé par une jolie pomme de douche économique tant sur la consommation d’eau que pour le prix. Les enfants l’adorent, car, pour une fois, l’eau coule normalement dans la douche.

Un bon coup de mope sur les planchers, un chiffon et quelques produits nettoyants et la salle de bain est comme neuve. Non, mais, le plaisir qu’on a à se brosser les dents en regardant un comptoir propre et sans moisissure.

Mme Tremblay est repassée aujourd’hui… je l’avais invitée à manger avec nous à dessein, car j’espérais vaguement obtenir un commentaire plus à la hauteur de mes attentes. Elle a finalement regardé le tout, dit que ça faisait du bien et admis que l’idée de la moulure le long du mur était une bonne idée. Rien d’explosif mais je sais qu’elle apprécie. De mon côté, je suis doublement satisfaite, car non seulement j’ai trouvé une nouvelle occasion de la remercier de son hospitalité  mais en plus j’ai appris à poser de la céramique!!!  Je ne crois pas que j’en ferais une carrière loin de là mais au moins, je suis contente de l’avoir essayé.

Mexico TI : Et hop! On déménage!

Avant de quitter le Canada pour le Mexique, tout le monde nous questionnait sur les aspects pratiques de notre séjour ici. Est-ce que les enfants iraient à l’école? Est-ce nous allions travailler de là-bas? Où allions-nous habiter?

À cette dernière question, je répondais invariablement que nous avions la chance d’avoir “belle-maman” sur place et qu’en plus, cette dernière était propriétaire de deux maisons et de plusieurs appartements. Habituellement, les maisons sont louées à des gens travaillant pour des compagnies étrangères ayant des bureaux dans les environs. Les appartements quant à eux s’adressent d’avantage à une clientèle touristique.

Ces dernières années, en raison de la crise économique et de la grippe aviaire, les locations se sont faites plutôt rares. Nous avions donc le choix de l’endroit où nous irions habiter.  Toutefois, il était clair dès le départ (avec raison d’ailleurs) que si le logement que nous habitions pouvait être loué, nous devions déménager nos pénates dans un autre.  C’est ainsi que nous avons choisi d’élire domicile à la “Casa Principale”.

Au départ, ce choix nous paraissait logique, car outre ses faibles chances de location, elle est centrale, offre un accès rapide pour l’école et de l’espace à satiété pour vivre. En contrepartie, elle est immense (6 chambres à coucher, 6 salles de bain, 2 salons etc.) et demandait quelques travaux.  Au bout de 6 mois, j’ai finalement engagé une femme de ménage une fois par semaine. Pour les travaux, l’accès à la terrasse a été amélioré, la peinture refaite partout au premier plancher, les problèmes d’infiltration d’eau du grand salon réparés, etc.  C’est en habitant une maison qu’on voit ses défauts et les améliorations qui peuvent être apportées.

Bref, en octobre, “La Isabella”, la deuxième maison a finalement été louée. Durant la même période, “Les Colombes” ont également trouvé preneur. Puis, ce fut le tour de “El Viejo” et finalement de “Las Mariposas” (anciennement “El Alacran”).  Le marché semblant se réveiller, Mme Tremblay a repris les travaux pour terminer un nouvel appartement (qui n’a pas encore de nom). Puis, les voisins d’en face ont vu leur maison saisie par la banque et alors, Mme Tremblay leur a offert d’habiter à “Los Sombreros” en attendant de trouver une solution à ce problème.

Au fil du temps, nous avions presque perdu espoir de louer la “Casa Principale” et nous envisagions même d’entamer des travaux pour la séparer en deux logements distincts afin de correspondre d’avantage aux attentes du marché.  Pourtant, une surprise nous attendait. Peu avant les vacances d’avril, la possibilité de louer la “Casa Principale” montra le bout de son nez pour la première fois. Il s’agissait d’un vague intérêt de la part du locataire de “Las Mariposas” dont le nombre d’employé allait augmenter et donc, le logement devenait trop petit.

Sans promesse particulière mais avec un certain espoir, c’est ainsi que nous sommes partis à Mexico pendant quelques jours.  Avant même notre retour, l’intérêt pour la maison devenait plus sérieux et le samedi soir, en arrivant à Guanajuato après plus de 5 heures de route, l’affaire se concrétisait. Il fallait déménager.

Dimanche eut lieu les dernières négociations, vérifications etc. Et aussi, il fallait résoudre la question “où irons-nous?” !!!

Dans “Las Mariposas”? Impossible car, il n’y a pas d’internet et comme il n’y a plus de ligne téléphonique disponible dans le secteur, on ne peut en faire ajouter une.

Reste “Los Sombreros” mais il est actuellement habité par la famille que Mme Tremblay dépanne…

Lundi, préparation du contrat pour une occupation potentielle le mercredi suivant. Mme Tremblay s’arrange finalement avec la famille qui est dans “Los Sombreros” pour qu’il déménage dans “Las Mariposas” dont les locataires viennent de conclure le contrat pour la “Casa Principale”.

Puis, lundi PM, les choses se précipitent. Le nouveau locataire commence à emmener son stock (meubles, literie, etc.) et il faut libérer toutes les chambres sauf la grande car, les travailleurs de nuit vont venir coucher là le lendemain matin.  C’est aussi à ce moment que la décision de faire le déménagement dès le lendemain se prend. Dès que “Las Mariposas” sera libre dans la journée de mardi, la famille de “Los Sombreros” commence à transférer ses affaires. De notre côté, nous libérons la “Casa Principale” pour établir nos quartiers dans “Los Sombreros”. L’horaire est chargé. Il n’y a pas de temps à perdre. Le soir même, tout le monde doit être installé.

Lundi soir, les enfants couchent chez leur grand-mère et pendant que le nouveau locataire installe ses meubles, nous avons droit à une panne d’électricité sans raison pendant plusieurs heures.  Ils travailleront dans le noir total, car la panne touche tout Valenciana et San-Javier.

Mardi matin après un petit déjeuner vite avalé, nous sommes à pied d’œuvre Mme Tremblay, Carlos et moi.  La chaise musicale commence.

Les pièces se vident les unes après les autres. Les hommes que Mme Tremblay a engagé pour nous aider à déplacer les boîtes et les meubles montent et descendent inlassablement les escaliers. La journée avance vite.

Mais d’où vient tout ce stock?!!!  Nous sommes arrivés avec une seule voiture en juillet et pourtant, nous avons l’impression d’en avoir le triple.  Il faut dire que Mme Tremblay doit également vider en partie la maison, car elle ne laisse pas tout aux locataires. Il faut donc déplacer la vaisselle, les ustensiles, des meubles, la literie et des tonnes de livres. La femme de ménage passe systématiquement derrière nous pour laisser les lieux propres pour les nouveaux occupants.

À 14h, on va chercher les enfants à l’école (les bienheureux ont manqué tout ça!). À 15h, on va casser la croûte à Santa-Rosa. Il faut dire que nous n’avons pas mangé depuis 7h le matin et que nous n’avons pas vraiment fait de pause. Vers 18h, retour à “Los Sombreros” où les enfants commencent leurs devoirs.  Nous avons droit à une tempête de grêle (assez gros les grêlons) comme on en a jamais vu. On dirait qu’il neige!

Finalement, je fais les lits et je place la cuisine et la salle de bain tant bien que mal pour être fonctionnel au moins jusqu’au lendemain matin. Je tente même de prendre une douche en soirée mais le chauffe-eau a été fermé et il ne reste plus d’eau chaude… je terminerai en catastrophe avec de l’eau très fraîche. En sortant de la salle de bain toute grelottante, je ne vois que du bordel partout autour de moi. Les enfants sont excités par l’aventure et courent partout. J’aurais envie de hurler… mais je suis trop fatiguée pour ça.

Aujourd’hui, mercredi, j’ai fini de placer le linge des enfants et le nôtre. J’ai nettoyé la petite terrasse et étendu le linge encore mouillé de la dernière lessive dans la “Casa Principale” qui n’avait pas eu le temps de sécher. Je vide des sacs, des valises et des boites de trucs divers (jeux, livres, câblage, ampoules, etc.).   Il en reste encore un peu mais dans l’ensemble, c’est pas mal fini.  Enfin!!!  Quel marathon!

Ce soir, j’aurais bien repris une douche mais il y a pénurie d’eau cette fois. Les réservoirs sont presque vides et la Ville a coupé les vivres. On ne peut ni laver du linge ni partir la toilette à chaque usage. Il faut s’en tenir au strict minimum pour la consommation. L’eau reviendra peut-être demain selon Mme Tremblay. Ça va être comme ça tout le temps maintenant il parait. J’ai une petite pensée pour notre hyperconsommation au Québec. C’est tellement triste.

Mexico TI : les oiseaux

Il y a longtemps que je voulais vous parler des oiseaux d’ici.  Vous devez vous imaginer qu’une faune exotique nous environne de toute part. Peut-être même entendez-vous déjà le croassements des perroquets. En fait, il n’en est rien. Pas de quetzalcoalt. Pas de toucan. Pas d’ara. Les oiseaux d’ici ressemblent à ceux du Québec et certains viennent d’ailleurs passer l’hiver ici.

Parmi tous ces volatiles, deux ont retenu particulièrement mon attention. L’un en raison de son plumage flamboyant et l’autre par son chant.

Moucherolle vermillon

Pyrocephalus rubinus – Vermilion Flycatcher

Le Moucherolle vermillon mâle

Le Moucherolle vermillon mâle

Le Moucherolle vermillon est une petite espèce de passereau qui vit dans le sud-ouest des États-Unis, en Amérique centrale et dans le nord et le centre de l’Amérique du Sud. Il fait de 14 à 17 cm de longueur et présente un fort dimorphisme sexuel (mot savant pour dire que le mâle est très différent de la femelle).

Moucherolle vermillon femelle

Moucherolle vermillon femelle

Encore un bel exemple de l’injustice de la nature car, si les mâles ont une couleur rouge vif, les femelles et les juvéniles doivent se contenter de couleurs plus ternes comme le brun et le gris. Le Moucherolle vit dans les buissons des zones désertiques et subtropicales, ou dans les fourrés le long des cours d’eau, dans le sud de l’Amérique du Nord, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

Nous en voyons très régulièrement autour de chez-nous et j’ajoute que c’est l’oiseau préféré d’Isabelle par ici.

Troglodyte des canyons

Catherpes mexicanus - Canyon Wren

Troglodyte des canyons

Troglodyte des canyons

C’est une espèce d’oiseau de la famille des Troglodytidae. Il s’agit de la seule espèce du genre Catherpes. Ce troglodyte de 14 à 15 cm de longueur vit principalement dans l’ouest des États-Unis et au Mexique.

Ici, pas d’épanchement en couleur. Il est plutôt terne avec un plumage brun chaud sur le dessus du corps, le croupion et la queue rousse, la gorge et la poitrine blanches, et le ventre châtain finement rayé de couleur plus sombre.

En général, ces troglodytes volent brièvement de rocher en rocher, mais ils effectuent également de plus longues excursions à travers les canyons. Ils se montrent particulièrement habiles pour pénétrer dans les fentes et dans les crevasses.

Où est l’intérêt, me direz-vous?  Son chant. Je ne m’en lasse jamais. Dès que je l’entends, je m’arrête pour l’écouter. :-)

Chant du troglodyte des canyons

Mexico TI : les origines du mot

Nous partons demain pour Mexico, la capitale, où nous passerons quelques jours de vacances. Je faisais donc des recherches pour mon prochain articles lorsque je suis tombée par hasard sur de vieilles notes portant sur les origines du mot “Mexique”.

Je me rappelle vaguement les sites où j’ai dénichés les informations qui suivent mais je n’ai pas pris les URL en note donc, si ces personnes tombent éventuellement sur mon blogue et reconnaissent leur propre texte, j’en appelle à leur indulgence. J’ose espérer qu’elles verront la chose non pas comme du plagiat mais comme un simple intérêt pour le sujet repris ici.

Pourquoi Mexitly …?

Le nom officiel du Mexique est Les États Unis Mexicains et pourtant peu de monde le sait. Il est en effet plus connu sous le nom de Mexique, de la même manière que Les États Unis d’Amérique sont appelés L’Amérique. Ce qui, en passant, est un non sens, car les mexicains, comme tous les autres habitants de ce continent SONT américains sans pour autant habiter les États-Unis d’Amérique.

Mais revenons à Mexico. Les origines de ce nom se trouvent d’après les étymologistes et historiens dans le language nahuatl, langue parlée par les mexicas ou aztèques. Ces derniers seraient les ancêtres d’une ancienne civilisation venue d’Aztlán (situé au centre du pays) pour fonder Tenochtitlan devenue par la suite la ville de Mexico.

Cependant le sens de México est imprécis, car il en existerait plus d’une centaine d’explications différentes. Abrégeons donc aux plus importantes.

- La version plus souvent énoncée est mexi et co, qui signifie Lieu des Mexicas.

- La seconde interprétation, Mexitli (prononcer “meshitli”) est la contraction du mot metztli qui signifie la lune et xictli,  le nombril. Donc, littéralement, cela voudrait dire le nombril de la lune ou plus précisément le fils de la lune.

Huitzilopochtli

Huitzilopochtli représenté dans le Codex Telleriano-Remensis

- Une autre théorie mentionne que Méxitli évoque le nom du plus important dieu des Aztèques, Huitzilopochtli. Fils de la lune et du soleil, il était le dieu de la guerre et du soleil. Si tel est le cas, Mexico signifierait alors là où se trouve Méxitli, c’est à dire l’endroit où l’on vénère Huitzilopochtli.

- Finalement, il ne faut pas oublier que l’agave est une plante cactée très importante pour les mexicains depuis la nuit de temps. Si importante que l’on trouve même ses traces dans l’origine du nom Mexico, puisque il y a des auteurs qui pensent que le nom nahuatl de l’agave, metl, mélangé avec un autre nom nahuatl, xitli qui veut dire centre ou nombril, donnerait de nouveau Méxitli.

Tenochtitlan

Tenotchitlan

Dans la partie occidentale du lac Texcoco, Mexico-Tenochtitlan occupait la partie sud de l'île au centre de la carte, en-dessous de la ligne rouge, la partie nord étant Mexico-Tlatelolco (reconstitution de Hanns J. Prem, 2008).

Tenochtitlan est l’ancienne capitale  de l’empire aztèque. Elle fut bâtie sur une île située sur le lac Texcoco dont une grande partie a été asséchée par la suite.

Elle était coupée par de longues avenues, traversée par des canaux et reliée au continent par des chaussées. En 1521, les conquistadors espagnols, sous les ordres d’Hernán Cortés, détruisirent une grande partie de la ville, et plus particulièrement tout ce qui pouvait rappeler les cultes idolâtres aztèques. Par la suite, ils y fondèrent Mexico qui devint la capitale de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne.

Selon les inscriptions et les codex aztèques, les Mexicas, qui étaient les derniers arrivés dans la vallée de Mexico, furent chassés par le souverain de la ville de Culhuacan, dont ils avaient sacrifié la fille et s’enfoncèrent dans les marécages du lac de Texcoco. Selon les prédictions de leurs chefs religieux, cependant, les Mexicas, jusqu’alors nomades, devaient se sédentariser définitivement lorsqu’ils apercevraient un aigle sur un cactus (nopal). Selon le mythe de la fondation de Mexico-Tenochtitlan, c’est en 1325 que les Mexicas virent se réaliser la prédiction, sur un îlot au milieu du lac Texcoco.

Le lac Texcoco

À partir du xviiie siècle, on commença à assécher le lac par l’intermédiaire de canaux et d’un tunnel en direction du fleuve Pánuco. Ceci n’endigua pas immédiatement les inondations car la majeure partie de la ville était alors située sous le niveau phréatique.

Mais on ne stoppa réellement les inondations qu’à partir du xxe siècle et de la construction du Drenaje Profundo. En effet, en 1967 a commencé le construction d’un réseau de plusieurs centaines de kilomètres de tunnels, entre 30 à 250 mètres de profondeur. Le tunnel central a un diamètre de 6,5 mètres et évacue l’eau de pluie hors de la vallée.

Cependant, les conséquences écologiques de l’assèchement sont énormes et Mexico souffre désormais d’un manque d’eau. De plus, avec son développement (tout comme de nombreuses villes du Mexique) et le pompage de l’eau potable en profondeur, la ville s’enfonce peu à peu dans le sol par subsidence, de plusieurs centimètres chaque année.

Mexico TI : El Orito

El Orito est un parc écologique situé tout près de chez Mme Tremblay. On y accède en peu de temps via les nombreux sentiers dans la montagne. Orito vient du mot “oro”, or. L’endroit mérite bien son nom et pourtant…

Je marche dans le lit d’une rivière desséchée avec mes deux petites amies (Luna et Arena). Lorsqu’il y avait de l’eau, ce petit cours d’eau devait faire environ 10 pieds de large par endroit. Quant à son débit, il étant sans doute modeste mais assez régulier, car les pierres qui en tapissent le fond sont lisses et on voit nettement les traces d’usure dans tout ce qui les entoure.

Tout en marchant, j’arrive à un mur d’environ 8 pieds de haut en vieilles pierres rosées comme on en voit beaucoup par ici. Le mortier n’est pas récent et, bien que je ne sois pas experte, je suppose que l’ouvrage a été fait vers la même époque que les ruines de la mine adjacente. Je décide de contourner l’obstacle pour satisfaire ma curiosité. Jusqu’où pourrai-je aller ainsi. Reste-t-il un filet d’eau un peu plus haut mais trop faible pour se rendre jusqu’ici?

Les chiots de rechigent pas. Elles me suivent toutes les deux sans discuter. Avec leurs petites pattes, elles grimpent avec agilité sur les grosses pierres grises. Elles contournent allègrement la végétation qui s’installe tranquillement. Je ne peux m’empêcher de penser que tous ces petits arbres rabougris et jaunâtre auraient beaucoup moins de mal à pousser si la rivière remplissait son office. Que tout cela est triste!

Alors que je m’arrête un instant, je constate que malgré la tranquillité des lieux, on entend une sorte de bourdonnement au loin. Comme un nid d’abeilles. Mais de bruit d’eau, rien. En fermant les yeux, je peux imaginer pourtant la petite rivière qui danse d’une pierre à l’autre vers son but lointain. Le seul bruit de l’eau qui coule suffirait sans doute à humidifier les lieux. Ici, tout est tellement sec que même l’air ambiant a soif. La moindre molécule d’eau est immédiatement absorbée.

Ma marche m’amène à un premier embranchement sur la droite. Un ruisseau plus petit devait joindre la rivière à un certain moment. Un peu plus haut, c’est à gauche qu’un autre bras se dessine avec une éventuelle cascade au fond. Puis, à droite à nouveau mais cette fois, le ruisseau était plus large. Pas moins de trois petits cours d’eau donc se jetaient dans la rivière pour rejoindre le bas de la montagne. Où sont-ils aujourd’hui?

Les chiots ont la langue pendante. Faudrait pas abuser de leur fidélité quand même alors je décide de rebrousser chemin et de tenter ma chance plus haut. Bientôt je retrouve la route et je longe un mur de pierre de près de deux pieds d’épaisseur. Il n’y a pas à dire, à l’époque, on construisait solide. Pas étonnant que ça soit encore debout malgré le mortier effrité.

Le chemin redescend de l’autre côté d’une butte et je tombe sur une deuxième rivière asséchée. Celle-ci est plus profonde que la première mais les mêmes roches grises en tapissent le fond. On devine facilement que le sol plus meuble à cet endroit a permis à l’eau de creuser son chemin plus facilement. La pente est plus raide ici et comme je m’engage dans le passage pour y retrouver la source, je suis rapidement arrêtée par un autre mur de pierre mais plus imposant cette fois. Je rebrousse donc chemin et retrouve la route.

Toujours en gardant les yeux vers le cours sinueux de l’ancienne rivière, j’arrive à un embranchement avec une autre route qui passe directement par-dessus la rivière. Un haut tunnel de pierre laisse passer l’eau imaginaire de l’autre côté. Il faut que je vois ça de plus près.

L’ouvrage d’environ 30 pieds de long n’est pas récent non plus et sa hauteur qui m’apparaissait un peu extravagante au début s’avère finalement plutôt réaliste. Pendant un certain temps, l’eau a dû atteindre les deux tiers de la hauteur du tunnel. Elle a marqué son passage en laissant un cerne orange-rouille sur les flancs.

Je suis à nouveau le cours d’eau pour me rendre compte qu’il rejoint finalement le premier un peu plus bas. On voit un peu plus loin quelques malheureuses flaques d’eau glauque.

Sans eau, pas de vie. L’eau est un sujet traité avec gravité au Mexique et pour cause. Le manque d’eau chronique est de plus en plus marqué au fil des ans. Est-ce parce que la population augmente? Est-ce plutôt un cause climatique? Est-ce un simple problème de consommation? L’eau revient-elle par moment dans le lit des rivières à sec del Orito?

Mexico TI : le pape

Le pape est au Mexique. Pas n’importe où, il est présentement à Leon et en fin d’après-midi, il sera ici même à Guanajuato. C’est la première fois qu’un pape vient à Guanajuato. Jean-Paul II était bien passé par le Mexique mais c’était il y a longtemps.

L’état de Guanajuato est de confession catholique à 95% (environ) donc, la venue du Saint-Père est nécessairement un évènement.  Pour la durée de sa courte visite de 3 jours, un important dispositif de sécurité a été mis en place ce qui occasionne des problèmes de circulation entre les différents lieux où il passera.

Ici, les impacts sont réduits car, il ne viendra que quelques heures aujourd’hui. Toutefois, les écoles ont dû être fermée hier car, les parents auraient eu trop de mal à voyager leurs enfants. Dans la classe d’Isabelle, c’est la moitié de ses collègues de classe qui ne se sont pas présentés.  Dans celle de Philippe, à peine quelques uns.  Inutile de dire que nos deux moineaux n’avaient pas vraiment d’excuse valable pour manquer l’école.

Pour ceux qui connaissent Guanajuato, la rue Alhondiga (rue principale nous permettant de communiquer avec la ville et ses environs) sera fermée à partir de la glorieta Dos Rios. La plupart des déplacements en ville se fera donc à pied.

Hier, en compagnie de Mme Tremblay, nous avons assisté en direct à la télévision à l’arrivée du pape. Ce dernier arrivait directement d’Italie à bord d’un 767 d’Alitalia.  Des estrades avaient été dressés à l’aéroport pour accueillir la foule.  Le président du Mexique était présent avec son épouse de même que toute une brochette de politiciens.

Après les discours d’usage (celui du président était un peu long et redondant à mon avis, on avait l’impression de vouloir impressionner le pape avec des mots soigneusement choisis et vertueux à souhait), il y a eu un cours spectacle de danse folklorique et des mariachis. La cérémonie était assez courte dans son ensemble mais il faut dire que notre invité spécial venait de faire plus de 14 heures d’avion et qu’à 85 ans passé, faut pas trop abusé.

C’est donc en serrant des mains et en bénissant nombres de personnes présentes que le pape a finalement rejoint la Papemobile dans laquelle il devait faire encore plusieurs kilomètres à pas de tortue pour rejoindre son lieu de résidence.

Dans l’ensemble, il avait l’air en forme bien que l’âge semblait lui peser beaucoup. Il faisait chaud à Leon et toute les précautions avaient été prises pour alléger le climat pour le Saint-Père.

Aujourd’hui, Mme Tremblay va partir vers 14h00 pour aller sur la rue Sopena où elle a une propriété. Cette rue étant sur le passage du pape, pour sa visite de ce soir, nous devrions la rejoindre pour profiter des balcons de Mme Tremblay.

Je ne suis pas particulièrement sensible à ce genre d’évènement étant moi-même athée. Je reconnais cependant que la ferveur populaire est impressionnante et que l’homme a du mérite. À son âge, et sans oublier qu’il ne souhaitait pas devenir pape en raison de la charge écrasante que cela représentait, il faut un certain courage pour faire ce genre de chose. En tous les cas, moi, je ne l’envie pas du tout.  Je salue donc sa visite sobrement et sachant qu’il s’agit tout de même d’un évènement historique pour les Mexicains.

Mexico TI : la marche dans la montagne

C’était dimanche matin.

J’avais fait des œufs brouillés avec du jambon et les enfants et moi, nous étions régalés. La fin de semaine, j’aime bien commencer ma journée tranquillement alors une fois le déjeuner terminé, je repousse la vaisselle à plus tard et me sers un deuxième café.  Pour éviter les enfants qui s’agitent à côté de moi, je monte dans ma chambre et je m’installe avec mon Nook et mon café pour lire mes nouvelles sur internet. Je déteste être dérangée dans ces moments-là mais même si les enfants le savent très bien, ils ne peuvent s’empêcher de m’interrompre de temps à autre. :-(

Mais, ce jour-là, comme les enfants étaient plein d’énergie, je les ai envoyés prendre une marche dans la montagne avec Luna et Arena.  Au dernier instant, Carlos a décidé de les accompagner.

De la terrasse, je les ai regardés descendre les marches qui mènent au chemin avec leurs deux petites amies. Puis, tranquillement, une caméra dans les mains, j’ai vu Carlos suivre le quatuor.

Je me suis assise sur la terrasse, mon café à la portée de la main. J’ai commencé à lire mes nouvelles sur la cyberpresse. Rien d’excitant ce matin-là. Le gouvernement Charest en pré-campagne électorale, Israël en chicane avec son voisin, etc. Je lève les yeux et je vois les enfants passer à travers la végétation sur le sentier de la montagne. Je me lève pour mieux les voir et éventuellement, pour les saluer de loin.

Petit chandail vert qui court. Petit t-shirt blanc et turquoise qui suit plus lentement. Ils semblent si loin mais je sais que ça n’est pas le cas. Passant devant une éclaircie dans les branches, je les vois tous les deux entourés des deux petits chiens. On voit très bien Luna qui est blanche et assez rapide. Je distingue à peine Arena qui, naturellement, se confond avec le terrain autour d’elle. Elle est moins vite que sa sœur mais ce matin-là, elle court avec entrain.

Où est Carlos?  Je scrute le paysage et tente de l’apercevoir à travers les branches. A-t-il rebroussé chemin? Isabelle s’arrête et se retourne. Je n’entends pas mais je sais qu’elle doit appeler son père. Lorsqu’on marche avec les enfants, la balade est rarement tranquille. Si on prend nos aises en admirant la nature, on est rapidement ramené à l’ordre par l’un des deux qui veut nous montrer quelques choses ou qui nous trouve trop lent.

C’est alors que, tranquillement… très tranquillement, Carlos apparaît. Tache blanche à travers les arbres. S’il marche, chacun de ses pas semble faire l’objet d’une attention particulière. J’imagine Isabelle qui s’impatiente.  Philippe semble dans la lune. Les chiens tournent autour de lui mais il ne réagit pas vraiment à cette attente. Il est comme son père. Contemplatif.

Isabelle finit par rebrousser chemin pour fouetter un peu son père… ça ne marche pas vraiment. Lorsque Carlos rejoint l’éclaircie dans le bois, il arrête et se tourne vers moi. Je pense qu’il me cherche sachant que je dois être là à les regarder. Mais non. Il tend les bras et semble fixer quelque chose devant lui. J’ai l’impression qu’il essaie de lire sans ses lunettes de lecture mais il n’en est rien. Il prend une photo.

Isabelle tourne autour de lui comme une mouche. Il se décide à repartir. La promenade va être longue. Je vais avoir le temps de lire ET la cyberpresse ET le site de Radio-Canada sans oublier les sites des quotidiens d’ici.  Je commence à être pas mal bonne pour lire. Rarement je dois m’arrêter pour chercher un mot. Je vais encore de temps à autre demander des précisions pour une tournure de phrase mais habituellement, le contexte est suffisant pour m’éclairer.

Les enfants, les chiens et Carlos disparaissent. La montagne tourne à cet endroit et pendant un moment, ils seront de l’autre côté et donc invisibles. Je me demande si je vais attendre là qu’ils réapparaissent plus loin lorsque le chemin tourne à nouveau vers ici… Mais Carlos est avec eux…  et avec une caméra… ça pourrait être long.

Les enfants sont pris pour attendre leur père mais pour une fois, pas moi! :-) Je retourne à mon café et à mes lectures.

C’est un beau dimanche matin. Vent léger. Soleil généreux. Chaleur douce. Je pense à vous tous pendant un moment puis, je chasse les images de “sluch” et de neige sale communes au printemps. Cette année, je suis au Mexique et dans ces moments-là, je me demande comment je vais faire pour retourner au Canada.

Mexico TI : Luna et Arena

Jeudi le 23 février ne s’est pas terminé comme les autres jours. Il restera gravé dans nos mémoires et par-dessus tout, dans celle des enfants.

Carlos était allé courir comme il le fait habituellement en fin d’après-midi. À son retour, alors que nous nous croisions, il me dit qu’il a vu une vache morte au milieu de la route de terre où il courait. Il ajoute qu’un peu plus loin, il a aperçu deux chiots perchés sur un rocher dans la montagne. Sur le chemin du retour, les chiots sont toujours là et il remarque alors qu’un troisième chien, adulte, est couché près d’eux.  Il décide d’aller voir de plus près et grimpe les quelques mètres qui le séparent des chiots.

Le troisième chien, probablement la mère, est morte. Elle a dû tomber de haut. Les chiots sont tous petits et amicaux.  Il les redescend donc avec lui et continue sa course alors que ses deux nouveaux amis le suivent tant bien que mal sur leurs petites pattes.

En cours de route, il rencontre un groupe de jeunes gens avec quatre chiens. Il leur demande s’ils peuvent s’occuper des chiots et ceux-ci semblent accepter. Carlos repart donc la conscience en paix.

Pour qu’il prenne la peine de me raconter tout ça, il doit certainement y avoir un malaise donc lorsqu’il me raconte son aventure, je lui dis aussitôt :

- Quoi? Tu as laissé les chiots tout seul?

- Ben, non, les jeunes vont s’en occuper.

- Vraiment?!!!  Tu penses ça? Combien tu gages que ça n’est pas le cas?

Pris de remord, il me propose de retourner sur place pour en avoir le cœur net. Le temps de confier les enfants à grand-maman et nous voilà parti.  Une fois sur place, les chiots sont de retour sur la corniche où se trouve leur mère morte. Ils sont tous petits. Carlos me regarde, incertain.

- Qu’est-ce qu’on fait?

- Comment qu’est-ce qu’on fait! On va les chercher quelle question! On ne va quand même pas les laisser mourir là.

Refusant que je monte (sous prétexte que c’est dangereux etc.), Carlos remonte là-haut une deuxième fois et ramène les deux chiots que j’enveloppe dans mon manteau. Je sais qu’ils sont pleins de puce mais il commence à faire froid et les deux tremblent dans mes bras.

De retour à la maison, Isabelle et Philippe tombent évidemment sous le charme de ces deux pauvres créatures. Leur histoire est triste. Ils n’ont plus de maman. Ils sont maigres et déshydratés. Leur pelage est clairsemé. Ne sachant pas quel âge ils ont, nous leur donnons un bol de lait… ils en boiront quatre en tout.

Le lendemain, nous les amenons chez le vétérinaire pour savoir à quoi s’en tenir. Le verdict : ce sont deux demoiselles en assez bonne forme et elles ont entre deux et trois mois. Que va-t-on en faire? On se regarde un instant mais nous avons déjà pris la décision plus tôt. Nous les garderons.

Deux vaccins, un traitement antipuces et un vermifuge plus tard, nous les ramenons à la maison en faisant un détour par l’épicerie pour acheter de la moulée pour chiots et du shampoing.

Lorsque les enfants reviennent de l’école, c’est la fête. Isabelle décrète tout de go que ce sont ses “bébés” et qu’elle va s’en occuper.  L’après-midi passe en alternant les sorties pour les besoins et les périodes de repos. Elles dorment beaucoup du moins pendant les premiers jours.

Le traitement antipuce fonctionne à merveille. Tel que promis sur l’emballage, les vilaines bestioles tombent les unes après les autres et le soir venu, plus une seule d’entre-elles ne hantent encore nos deux petites amies.

Luna et Arena - le lendemain de leur arrivéeLe samedi, elles sont baptisées : Luna pour la demoiselle blanche avec le visage séparé en deux (blanc et brun) et Arena (sable en espagnol) pour celle couleur sable que l’on cherche tout le temps car, elle se confond remarquablement bien avec le paysage.

Elles sont amicales. Elles sont joyeuses. Elles ont les yeux verts. Elles sont mignonnes comme tout… et elles doivent apprendre la propreté! :-)

Après quelques jours, elles reconnaissent leur nom. Arena refuse même de rentrer dans la maison si elle n’a pas terminé de faire ses petites affaires. Nous avons espoir qu’elles seront propres rapidement. Au fil des jours, Isabelle tient parole et se lève 15 minutes plus tôt tous les matins pour sortir et faire manger ses deux petites amies avant de partir pour l’école. Quant à Philou, il apprend à les prendre dans ses bras. Au début, il est craintif. Il n’a pas peur d’être mordu, il ne sait simplement pas comme s’y prendre.  Je lui montre et depuis, même s’il demeure hésitant, il se débrouille très bien.

Voilà donc l’histoire de Luna et Arena du moins jusqu’à maintenant. Pour le moment, en attendant que leur poil repousse et qu’elles “reprennent du poil de la bête” (bien choisi, n’est-ce pas?), elles dorment dans la maison car, les nuits sont encore froides.  Éventuellement, elles coucheront dehors, à la mexicaine.  Le jour, elles s’amusent dans le jardin où nous leur rendons visite régulièrement. Une fois par jour, nous les amenons marcher dans la montagne mais on y va mollo pour le moment. Elles ont toute une pente à remonter.

Maintenant, comme dirait Guy A. Lepage, la question qui tue : mais qu’est-ce qu’on va faire d’elles quand on va revenir au Canada?

Réponse : on va les ramener avec nous bien entendu.

Dans quoi s’est-on lancé?

Réponse : bonne question mais que pouvions-nous faire d’autre?

Un chien passe encore mais deux?

Réponse : en fait, c’est mieux comme ça car, elles s’amusent entre-elles.  Elles s’ennuient moins. Et puis, ce sont deux petits chiens qui ne seront jamais gros. Ça ne prend pas trop de place et ça mange raisonnablement.

Est-ce qu’on va le regretter?

Réponse : nous ne regrettons pas de les avoir pris avec nous. L’un comme l’autre n’aurions pas pu nous résoudre à les laisser mourir dans la montagne.  Il y a des moments comme ceux-là que l’on ne choisit pas. On se retrouve devant une situation où une seule issue semble possible même si jamais on ne l’avait prévu. Les conséquences sont connues donc, on n’agit pas seulement sur un coup de tête. Le mot regret est présent à notre esprit car, nous sommes conscients de ne pas avoir choisi mais il ne nous hante pas.

Je termine en disant que Carlos m’a pris de vitesse en publiant cette aventure sur Facebook où il a reçu de nombreuses félicitations de la part de la gent féminine. :-)  Le héros est fier de son exploit!